
Je connais mille signes du vent. Ce vent frais qui caresse mon visage un doux soir d’été. La tempête époustouflante qui fait soulever mes cheveux, s’engouffrant dans tout mon être, retenant ma respiration. Je pourrais presque m’envoler. Il prend toute la place au fond de moi, au creux de mon être. Il me nettoie, m’enveloppe, m’étreint. C’est tellement fort que je ne peux plus parler. Ma voix s’éteint. Pas d’une mort sombre. Mais d’une délivrance. Un moment de silence pour ressentir la vie. Un moment de présence sans plus aucun bruit que cette force infinie vient réveiller en moi. Le vent m’habite et me ramène à la vie réellement. On ne s’en doute pas parfois. On l’oublie. On est là, tranquille, un peu las, sans savoir pourquoi. Et alors, lorsqu’il arrive, nous prenant par surprise puisqu’on ne peut jamais le prédire, il vient nous rappeler le changement, le rythme, la danse. La danse de la vie qui sommeillait en nous et qui nous emporte d’un coup. De l’air. Juste de l’air. J’ai ce souvenir qui me remonte. La chaleur étouffante du mid west américain. J’avais chaud, oui, mais ce n’était pas que ça. J’avais du mal à savoir quoi… Et puis en sortant du bus qui reliait Indianapolis à Chicago, alors que je m’apprêtais à découvrir cette ville musicale et inconnue pour moi, rêvée ; je ne m’y attendais pas, et il était là- comme un souffle venu du ciel, il me souleva, m’embrassa et éclata la force de sa joie partout en moi. Alors je me mis à rire, à sourire, à ouvrir les yeux. Cette force si grande que parfois on lutte même pour marcher contre elle. Ou bien on pourrait s’envoler. La seule solution d’ailleurs, c’est de l’accepter. De rentrer dans sa danse et de la laisser nous dompter, nous décoiffer, nous déshabiller. Et alors ce jour-là, sur le trottoir du downtown de Chicago, j’ai compris, pour la première fois, à quel point j’aimais le vent. A quel point il m’avait manqué. J’ai compris que lui et moi, on s’était bien trouvé. Et qu’il me ramenait à moi. Sûrement son âme légère, douce, vivante, spontanée, puissante, indestructible et aimante. Car je le sens près de moi, aussi, lors de simples crissements de feuilles. A l’abri du soleil, sous un arbre. Un oiseau pépie. Et le voilà. Doux- Sensible – Chantant.