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Naissance

Lorsque les bourgeons sortent, que la glycine de la maison de ma mère éclate de son violet pourpre, que le soleil doré reflète ses ondes sur le haut de mon dos, que l’oiseau chante plus tôt et la brise plus chaude fait tomber les manteaux, il me vient des désirs chauds. 

Une envie de naître, de renaitre. Je suis un oiseau du printemps. J’ai pointé le bout de mon nez un mardi matin 26 avril et j’ai pleuré ; un peu – J’ai tellement pleuré qu’on a découvert mon bras. Il était tout cassé le pauvre petit. On l’avait bousculé. Je pense qu’il faisait beau, il faisait chaud. J’ai toujours du pot. Malgré tous ces bobos. C’est vrai. A chaque avril, chaque anniversaire, c’est la danse des boyaux. Je ris, je chante et je me sens belle. Après le froid et la retenue, la cachette sous la pluie, me voilà qui déplie mes ailes. L’humour n’a plus peur. La voix est plus chaude. Le corps bouge, toujours, un peu, beaucoup. Tap Tap Tap. J’entends les casseroles et les maracas. La musique est forte, les fenêtres sont grande ouvertes, on l’entend depuis le jardin. 

Toutes mes copines sont là. On maquille les poupées. Mon malabar est trop gros. J’ai du mal à le mâcher. Mais on s’en fiche. On joue à la corde à sauter et à la maitresse. Une tarte aux pommes et un gâteau au chocolat. Qu’est-ce qu’on va faire cet été ? Les spectacles de danse arrivent. Je connais ma chorée. L’école est bientôt finie et je sens la liberté. Je pourrais sauter pendant des heures. Toutes ces possibilités. 

Alors c’est vrai que je le bois le printemps, je le dévore. Je le sens arriver quelques semaines avant, pointer le bout de son nez. Et puis toujours il m’emporte vers l’élan de ma vie. Toujours il me porte, loin. Je me noie dans son air, je lui fais l’amour. J’imagine une sirène qui sort la tête de l’eau. La chevelure en arrière et le buste droit. Elle est déterminée, elle est fière. Toutes ces princesses au goût de miel. Le printemps, je ne le bois pas tiède. Je le sens, je le renifle, je l’attends toute l’année. Je voudrais qu’il reste là toujours. Sincère, élégant, vivifiant, fleuri, joli, séduisant, enivrant. Il me fait tourner la tête, et pourtant. Où est-il mon bel amant ? Je l’entrevois au coin d’un arbre. Il se cache peut-être sous une feuille. Je crois voir un sourire, une envie de rire. Petit chenapan, reviens ici ! Allons danser ! Allons-nous aimer. Nous caresserons la rivière du bout de nos doigts et nous chanterons le ciel de nos deux voix. Mon beau prince charmant, je rêve de toi. Je suis mon cœur qui m’amène vers toi. C’est peut-être rêveur. Ça me laisse en joie. Je sens ton parfum et tes bras autour de moi, le frémissement de ta peau sous mes doigts. Ton dos puissant et doux. Je te vois. Je t’entends. Je te sens. Mais ne t’en fais pas, je ne m’engourdis pas. Tu es dans chacun de mes pas et jusqu’au bout de mes doigts. Je n’ai pas besoin de t’attendre. Je suis déjà toi. Je traverse les rues à pas de danse, pas chassés, la farandole du baiser. 

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