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Je me souviens de son odeur. De tabac froid et d’alcool vieilli. Je me souviens de ses regards. D’accord, il avait un œil en biais, mais enfin tout de même, je les sentais quand même ses regards. Parfois, alors qu’on était en vacances, qu’il faisait beau et que le soleil brillait, sur ma peau à moitié nue, une odeur de vomi. Un goût de dégoût. Alors sans trop savoir pourquoi, je courrais me cacher – sous les draps. 

 

Je me souviens des trois petits cochons. Je les regardais en boucle. Et le loup arrivera, sur la maison soufflera, soufflera, soufflera. J’avais peur quand la maison de paille s’effondrait. J’étais en stress avec ces trois petits cochons, jusqu’à ce qu’ils soient en sécurité, dans la maison de brique. Une brique, deux briques, trois briques. Oui, construisez-là. Construisez-là cette maison. Et le méchant loup, il est toujours là malgré tout. Il essaie de rentrer par tous les côtés. Quand la porte est bloquée, il rentre par la cheminée. Mais laissez-les. Laissez-les. Laissez-les. S’il vous plait. Laissez -moi. Je ne veux pas être regardée. Je ne veux pas être observée. Je ne veux pas être touchée. 

La grand-mère a été mangée par le grand méchant loup. La grand-mère elle aussi, est devenue le loup. Malgré ses beaux regards et ses sourires, enjoués, malgré son affection et sa grande amitié, la grand-mère aussi ne savait pas où regarder. Elle prenait l’enfant dans ses bras, sur ses genoux. Et puis, sans le fruit du hasard, elle touchait. Les seins. La chatte. On enlevait ses mains mais elle recommençait toujours.

 

Le grand méchant loup je l’ai vu à 19 ans. J’avais envie de connaitre ça, le grand frisson, les palpitations. Il était gentil, il était tendre, affectueux. C’était mon amoureux. Un week end il est venu et on l’a fait. Je n’ai rien senti. C’était vide et douloureux. Quand il est parti j’ai pris un bain. Je ne prends jamais de bain. Je m’ennuie dans un bain. Je pourrais y faire des bulles. Ou jouer au sous-marin. Plonger. Bien profond. Et ne plus sentir mes mains. Ne plus sentir mon corps. M’entendre respirer.

 

Quelle heure est-il ? Je dois partir. On m’appelle. La vie m’appelle. 

 

Ce qu’il est bon de vivre et de sentir la liberté. Les cheveux au vent, l’air qui rentre par le nez. L’air du printemps, en ce mois de février. Je me regarde dans la glace et je suis heureuse. Je suis née. Je n’ai plus peur de l’amour. J’ai le cœur grenadine. Un parfum de florence, une allure byzantine. Mon cœur rit, et bat la chamade. Il se fend la poire et se délecte de merveilles, de sirènes enchanteresses, d’hommes du désert, de l’Amazonie ou la Mésopotamie. L’Égypte ancienne, le papyrus et le Nil. Je n’ai plus peur de la vie, je regorge d’envies. 

Je me souviens de mes loups. Je me souviens de tous mes loups. Mais je les ai laissé tomber dans la rivière sacrée. Elle les a transformés, elle les a métabolisés. 

Loup, louves, amour, amant, amie, adieu. 

Love

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